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Can-Am Pulse 2026 : essai de la moto électrique Rotax

Can-Am Pulse 2026 : essai de la moto électrique Rotax

Les motos électriques traînent encore une réputation tenace : autonomie limitée, sensations aseptisées, allure de jouet futuriste. La Can-Am Pulse 2026 entend bousculer ces préjugés. Propulsée par le nouveau groupe motopropulseur Rotax E-Power de 35 kW développé par BRP, cette roadster électrique promet des accélérations franches, une prise en main intuitive et une simplicité de conduite désarmante. Après un essai sur les routes sinueuses des montagnes de Santa Monica, voici ce qu'il faut retenir de cette moto zéro émission vendue à partir de 10 999 dollars.

Un gabarit de roadster middleweight

Avec ses 177 kg à sec, un empattement de 1 412 mm et une hauteur de selle de 785 mm, la Can-Am Pulse affiche des cotes proches d'une Yamaha MT-07 ou d'une Kawasaki Z650. Entre les genoux, la moto se révèle étroite et légère, ce qui facilite les manoeuvres en ville comme le passage d'un feu à l'autre dans le trafic. La béquille latérale se relève sans effort, et la machine ne donne jamais l'impression de peser son poids.

Le cadre de la Pulse intègre directement le pack batterie, contrairement aux architectures classiques où le bloc de cellules est simplement boulonné. Selon BRP, ce choix structurel améliore la répartition des masses. En virage, l'équilibre se confirme : la moto reste neutre et prévisible, un atout appréciable aussi bien pour un trajet quotidien que pour une escapade sur route sinueuse.

Moteur Rotax E-Power : couple instantané et accélérations linéaires

Le moteur électrique refroidi par liquide développe 47 ch en crête (27 ch en continu) et surtout 53 lb-ft de couple disponible de 0 à 4 600 tr/min. Résultat : le 0 à 100 km/h est expédié en 3,8 secondes, avec une poussée franche dès la première rotation de la poignée. La puissance est délivrée de manière parfaitement linéaire, sans creux ni à-coup, à la manière d'un variateur de lumière que l'on tournerait progressivement.

La réponse à l'accélérateur se montre plus vive que celle de la plupart des twins de 650-700 cm3 thermiques. Toutefois, un léger temps de latence se fait sentir lorsqu'on remet les gaz après une phase de freinage régénératif. En appui sur l'angle avec du frein moteur simulé, la remise en puissance manque parfois de précision, un point que les pilotes sportifs remarqueront en premier.

Quatre modes de conduite

La Can-Am Pulse propose quatre cartographies. Le mode Sport+ libère toute la réactivité du moteur pour un plaisir maximal. Le mode Normal adoucit légèrement la réponse pour un usage quotidien. Le mode Eco bride l'accélération et limite la vitesse maximale afin de préserver l'autonomie. Enfin, le mode Rain atténue la montée en puissance et renforce l'intervention de l'ABS et du contrôle de traction. Ce dernier reste désactivable en Sport+ et Normal, mais demeure obligatoirement actif en Eco et Rain.

Freinage régénératif : une conduite quasi sans frein

Can-Am distingue deux types de régénération. Le système passif reproduit l'effet du frein moteur dès que la poignée de gaz est relâchée. Le système actif, lui, ajoute une décélération supplémentaire lorsque le pilote tourne la poignée vers l'avant, à la manière d'un frein de vélo électrique. Chacun de ces réglages peut être paramétré sur trois niveaux - désactivé, minimum ou maximum - quel que soit le mode de conduite sélectionné.

Une fois le bon compromis trouvé, il devient possible de piloter la Pulse en utilisant à peine le levier de frein avant, ce qui réduit l'usure des plaquettes de l'étrier flottant J.Juan à deux pistons et restitue un peu d'énergie à la batterie. Le freinage classique reste néanmoins efficace : la puissance de ralentissement est suffisante pour un arrêt d'urgence à un doigt sur le levier.

Autonomie : le point sensible de la moto électrique

Can-Am annonce 160 km en ville et environ 130 km en usage mixte ville-route pour la batterie de 8,9 kWh. Ces chiffres correspondent à des conditions idéales : mode Eco, terrain plat, vitesse modérée. En conditions réelles sur les routes vallonnées des montagnes de Santa Monica, l'autonomie chute sensiblement. Lors de l'essai, un départ à 77 % de charge affichait 66 km d'autonomie restante. Après 32 km de conduite sans excès, le tableau de bord n'indiquait plus que 19 km, soit une consommation bien supérieure aux prévisions.

Le freinage régénératif actif n'a pas permis de compenser significativement cette perte. La vitesse maximale est bridée à 129 km/h, et les vitesses d'autoroute accélèrent nettement la décharge. La Can-Am Pulse se destine donc avant tout aux trajets urbains et aux déplacements domicile-travail de courte distance.

Recharge : rapide en Level 2, patiente en Level 1

Le chargeur embarqué de 6,6 kW accepte les prises Level 1 (120 V) et Level 2 (240 V). En Level 2, la batterie passe de 0 à 80 % en 50 minutes et atteint 100 % en une heure et demie. En Level 1 sur une prise domestique standard, il faut compter 3 heures et 10 minutes pour 80 % et 5 heures pour une charge complète - un scénario réservé à la recharge nocturne. Aucune option de charge rapide DC (Level 3) n'est proposée.

Châssis, suspensions et technologie embarquée

Les suspensions privilégient le confort à la sportivité. La fourche KYB de 41 mm non réglable et l'amortisseur arrière Sachs réglable en précharge offrent chacun 140 mm de débattement. L'ensemble absorbe correctement les irrégularités du revêtement, que ce soit sur autoroute ou sur petite route de montagne.

La transmission finale passe par une chaîne sous carter étanche, lubrifiée à l'huile et dotée d'un tendeur automatique, ce qui élimine l'entretien classique de la chaîne. L'ensemble motopropulseur fonctionne en entraînement direct : pas d'embrayage, pas de boîte de vitesses, il suffit de tourner la poignée.

Écran TFT et connectivité

Un large écran TFT de 10,25 pouces centralise toutes les informations de bord. Couplé à l'application BRP GO!, il permet de gérer les appels, la musique et la navigation depuis le téléphone du pilote. L'application offre également la possibilité de vérifier l'état de charge à distance et de préconditionner la batterie par temps froid. Le pack de cellules refroidi par liquide intègre un système de chauffage automatique qui maintient la température optimale, un détail qui prolonge la durée de vie de la batterie mais ajoute une étape à la routine du motard électrique.

Tarifs, garantie et verdict

La Can-Am Pulse standard est commercialisée à 10 999 dollars, disponible en Carbon Black ou Bright White. Une version Pulse '73, facturée 12 999 dollars, ajoute un saute-vent, des feux LED spécifiques, une peinture Sterling Silver, des finitions exclusives et une housse de protection. La garantie couvre le véhicule pendant 2 ans et la batterie pendant 5 ans.

Face à des concurrentes comme la Zero DSR/X, la Beta Explorer ou le BMW CE 02, la Can-Am Pulse se distingue par un comportement plus proche d'une moto thermique conventionnelle. Sa sonorité, qui évoque davantage le sifflement d'une turbine que le gémissement électrique habituel, participe à cette impression. La simplicité de conduite - pas d'embrayage, pas de sélecteur - séduit immédiatement, même si elle prive le pilote du caractère émotionnel propre à la combustion.

La moto électrique progresse chaque année, et la Can-Am Pulse 2026 resserre encore l'écart avec les machines thermiques. Pour un motard dont le trajet quotidien correspond à l'autonomie réelle de la machine, cette roadster silencieuse et vive mérite sérieusement d'être considérée. Pour les longues virées du week-end, en revanche, il faudra encore patienter.

Henri
Redacteur

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