Le Grand Prix du Brésil restera comme l'un des plus douloureux de la jeune saison MotoGP pour Tech3. Sur le circuit de Goiânia, l'équipe française n'a arraché qu'un maigre point grâce à la 15e place d'Enea Bastianini dimanche, tandis que Maverick Viñales n'a rien pu sauver. Un bilan qui confirme les difficultés profondes de la KTM RC16 en ce début de championnat.
Un week-end brésilien cauchemardesque pour Tech3
En quittant Goiânia, le team manager Nicolas Goyon n'a pas cherché à masquer la réalité. L'équipe Tech3 a vécu "un week-end difficile", le plus mauvais résultat depuis le Grand Prix d'Indonésie la saison précédente. Deux Grands Prix disputés en 2025, et le constat reste identique : la formation française peine à exister dans le peloton MotoGP.
Si Maverick Viñales a montré des signes encourageants lors des essais libres, aussi bien sur piste mouillée que sèche, les séances décisives ont ramené la moto autrichienne à une dure réalité. Le time attack, en particulier, pénalise lourdement la RC16, incapable de rivaliser sur un tour rapide avec ses concurrentes directes.
Résultat : sur la grille de départ, les deux pilotes Tech3 partageaient les dernières lignes avec Brad Binder, autre représentant KTM. Une image qui en dit long sur les lacunes actuelles du constructeur de Mattighofen.
Bastianini sauve l'honneur avec un point précieux
Enea Bastianini aura été le seul pilote Tech3 à inscrire son nom au classement de cette manche brésilienne. L'Italien a terminé 15e de la course principale, décrochant un unique point après une remontée laborieuse depuis le fond de grille. Dans les deux épreuves du week-end, il ne s'est extrait de la dernière position qu'après le 13e tour, illustrant les limites de sa machine au départ et dans les premiers kilomètres.
Loin de se satisfaire de ce maigre butin, Bastianini a exprimé toute sa frustration. "C'est une situation très difficile pour moi parce que je ne veux pas me battre pour des points, mais pour autre chose", a-t-il confié dès le samedi, lucide sur le fossé qui le sépare de ses ambitions.
Le pilote italien a décrit un sentiment d'impuissance au guidon de sa KTM. "J'ai été dans l'incapacité de piloter", a-t-il lâché au sujet du sprint, un constat répété jour après jour sans amélioration notable. Malgré ses tentatives d'adapter son style de pilotage, Bastianini estime que le problème dépasse les réglages individuels.
Un manque de confiance criant
S'il est devenu presque habituel de voir Bastianini partir de loin puis gagner en efficacité au fil des tours, le pilote a cette fois avoué manquer cruellement de confiance pour pousser sa moto dans ses retranchements. "Il faut qu'on fasse quelque chose de plus important, parce que, là, si on a de la chance, on se bat pour un ou deux points en course et ça ne va pas", a-t-il martelé.
Viñales entre chute, doutes et interrogations
Le week-end de Maverick Viñales a été encore plus compliqué. L'Espagnol a abandonné sur une chute lors du sprint le samedi, puis a terminé bon dernier de la course du dimanche. Un départ raté, avec un patinage important, l'a relégué en queue de peloton dès le premier virage, et il n'a jamais pu inverser la tendance.
Nicolas Goyon a contextualisé la situation sans la minimiser : "Maverick a patiné au départ, ce qui l'a relégué en dernière position. Il a tenté de regagner quelques places, mais il a ensuite commis une erreur et c'était fini."
Viñales, par ailleurs en proie à des interrogations sur l'état de son épaule, a tenté de garder un regard constructif. "Certains domaines ont été plutôt positifs ce week-end, car cela nous a permis de comprendre certaines choses, mais il reste beaucoup de travail à faire - pas seulement sur la moto, mais aussi sur moi", a reconnu le pilote espagnol.
Le casse-tête du pneu tendre
Viñales a pointé un problème récurrent avec le pneumatique tendre, qu'il a choisi aussi bien en qualifications qu'en course, un choix surprenant au vu de ses difficultés. "Avec le pneu le plus tendre en particulier, l'arrière pousse sur l'avant, ce qui complique le passage des virages", a-t-il expliqué. Un cercle vicieux s'installe alors : freinages tardifs suivis d'élargissements, puis accélérations excessives qui dégradent encore la situation.
"Chaque fois qu'on met la gomme tendre, je souffre beaucoup, je me bats avec la moto sur chaque mètre de la piste", a résumé l'Espagnol, décrivant un pilotage de survie plus que de performance.
KTM dans son ensemble en recul à Goiânia
Les difficultés de Tech3 ne sont pas isolées. L'ensemble du clan KTM a souffert sur le tracé brésilien. Brad Binder, en net recul par rapport à ses prestations en Thaïlande, a reconnu un manque de rythme flagrant. Pedro Acosta a lui aussi pointé un déficit de vitesse de pointe, un handicap partagé par toutes les RC16 engagées.
Nicolas Goyon a identifié le circuit de Goiânia comme un révélateur des faiblesses structurelles de la moto. "Il semblerait que ce tracé ne convienne pas vraiment à notre moto. Il a mis en évidence un point faible sur lequel nous savons que nous devons nous concentrer si nous voulons améliorer notre package", a analysé le team manager français.
Ce recul collectif pose la question de la compétitivité globale de la plateforme RC16 en ce début de saison 2025. Si certaines pistes exposent davantage les carences de la moto autrichienne, le manque de vitesse en pointe et les difficultés en qualifications constituent des handicaps récurrents, quel que soit le tracé.
Cap sur Austin avec l'espoir d'un sursaut
L'enchaînement des Grands Prix ne laisse pas le temps de s'apitoyer. Tech3 et l'ensemble de la structure KTM se tournent déjà vers le Circuit des Amériques à Austin, où la prochaine manche se dispute cette semaine. Nicolas Goyon espère y voir une RC16 plus compétitive, même si les raisons d'y croire restent ténues après deux rendez-vous décevants.
Le tracé texan, avec ses longues lignes droites et ses freinages appuyés, pourrait théoriquement mieux convenir aux caractéristiques de la KTM. Mais sans solution au problème de vitesse de pointe et aux difficultés en qualifications, l'équipe française risque de se retrouver une fois de plus piégée dans les profondeurs du classement.
Pour Bastianini comme pour Viñales, le défi dépasse désormais la simple course au résultat. Il s'agit de retrouver la confiance au guidon d'une machine qui ne répond pas encore à leurs attentes, et de convaincre le constructeur d'accélérer le développement. Le temps presse : à ce rythme, la saison 2025 pourrait s'avérer très longue pour le clan Tech3-KTM.